Page crée le : 22 mars 2014 à 17:40 -- dernière modification le : 23 mars 2014 à 12:57

Faut t-il avoir peur de sortir de l’EURO?

Délocalisations, chômage en massé, une politique européenne qui impose l’austérité, concurrence fiscale entre les pays européens, dumping salarial entre les pays européens et l’absence d’une politique sociale voila le vrai visage de l’Europe, donc tout le contraire de ce que nous à été promis par les constructeurs de l’UE!

En 1997, médias, politiques et dirigeants des grandes banques françaises ont crié haut et fort que l’euro était la meilleure manière pour la France de s’affirmer comme une puissance économique au sein de l’Europe et de montrer aux dirigeants américains et chinois qu’ils étaient capable de s’unir pour créer une monnaie concurrentielle. Oubliant les monnaies nationales aux valeurs différentes, 16 pays créaient la zone euro.  Aujourd’hui nous comptons 18 pays qui ont adopté l’Euro sur le 28 pays adhérents.

L’euro a été évalué sur les bases de la monnaie allemande : le mark ( 2 DM = 1 Euro ). Déjà, le déséquilibre entre les pays à monnaie forte (pays nordiques) et les pays latins dont la monnaie était moins puissante faisait bondir certaines voix que l’on a préféré marginaliser à l’époque.

« L’éclatement de l’euro, à terme plus ou moins éloigné, du trimestre à deux ans , se présente comme l’évolution la plus probable, dont les modalités dépendent essentiellement de la tenue du fameux ciment franco-allemand », en clair si l’un des deux Etats décide de quitter l’euro , l’autre le suivra et entraînera tous les autres pays de la zone euro dans son sillage. Les politiques d’austérité des principaux gouvernements européens ne vont rien arranger aux affaires d’un euro de moins en moins consensuel. source

Il existe des nombreuses désaccords sur des sujets-clés

En ce qui concerne la solidarité économique, elle est inexistante : rien n’est fait pour aider les pays du sud de la zone euro à recréer des emplois, à attirer des investissements. Il faudrait une forte solidarité effectivement pour que les pays industriels de la zone euro (Allemagne, Finlande, Autriche…) acceptent par exemple de subventionner la création d’emplois industriels dans les pays du Sud (Espagne, Portugal…), ce qui se ferait essentiellement au détriment de l’emploi dans les pays du Nord. On a vu au début du mois de février 2013 la décision de réduire la taille du budget de l’Union européenne, ce qui ne va évidemment pas dans le sens du soutien aux pays du Sud. source

Il n’y a pas d’accord non plus sur la perspective institutionnelle : la France évoque continuellement la mise en commun des financements des États (les eurobonds), la solidarité économique ; les pays du Nord rejettent absolument la création d’une « union de transferts » ou bien l’assortissent de conditions (perte de souveraineté budgétaire…) probablement inacceptables pour les pays du Sud. On voit même le Royaume-Uni aller plus loin en envisageant de sortir de l’Union européenne, alors même qu’il n’adopte pas l’euro, les contraintes réglementaires du marché du travail.  source

L’Europe se caractérise par une absence de harmonisation fiscale

La concurrence fiscale est évidente : taux d’impôt sur les sociétés à 12,5 % en Irlande, à 21 % l’année prochaine au Royaume-Uni, avec l’objectif évident d’attirer des investissements industriels depuis les autres pays européens. L’impôt sur les sociétés en France va grimper à 38 % cette année.

Chaque pays regarde dans une direction différente

Il faut être réalistes : De plus en plus d’ Européens ne veulent plus de l’Europe. Pourquoi ?  Il y a d’abord l’absence de confiance : les pays du Nord ne croient pas à la volonté de ceux du Sud de réduire leurs déficits publics, de mettre en place des réformes structurelles pour augmenter leur potentiel de croissance à long terme ; ils pensent donc que toute aide aux pays du Sud réduira le rythme des réformes dans ces pays.

Il y a ensuite ce que les économies appellent le « jeu à somme nulle » : si un pays européen améliore sa compétitivité, la qualité de ses produits, il gagne des parts de marché, mais essentiellement vis-à-vis des autres pays européens, pas vis-à-vis du reste du monde ; cela se voit très clairement aujourd’hui avec l’Espagne, dont la progression rapide des exportations se fait au détriment de la France et de l’Italie. Cela n’incite évidemment pas les pays du Nord à aider ceux du Sud à se redresser. On observe ensuite « l’attrait du grand large » : certains pays voient leur avenir dans les liens économiques et commerciaux avec des pays non européens, pas avec des pays européens (le Royaume-Uni avec les États-Unis et le Commonwealth ; l’Allemagne avec la Pologne et la Russie).
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Frédéric Lordon a présenté ses thèses qui justifieraient la sortie de l’Euro, et le retour à une monnaie nationale. En premier lieu, il considère qu’il est impossible de transformer l’Euro actuel, de faire du méchant Euro austéritaire un bon Euro au service des peuples. L’Euro est une construction monétaire au service des intérêts des financiers et des investisseurs, rien d’autre. source

Toute tentative pour le modifier, pour le réformer, déclencherait de plus une tempête spéculative qui ruinerait ces efforts, d’autant plus que construire un tel Euro ne peut pas se faire en un week-end. Vient ensuite le problème avec l’Allemagne et ses principes monétaristes : vu l’état actuel du débat politique outre-Rhin, il y aura nécessairement une réticence à construire un Euro alternatif. La troisième thèse de Lordon c’est qu’il faut en finir avec le blocage à gauche lorsqu’il s’agit de parler de souveraineté et de nation. La souveraineté, c’est la capacité d’une communauté humaine à contrôler son destin collectif, ni plus, ni moins.  source